« Le e-learning, c'est donner la chance à chacun d'acquérir des compétences » — Interview CIO Mag
Entretien exclusif CIO Mag Afrique avec Omar Ali Yahia pendant la crise Covid-19 : fracture numérique africaine, effondrement de la formation présentielle, vision d'une Afrique résiliente par le digital.
En avril 2020, alors que le monde entier s'enfonçait dans une crise sanitaire sans précédent, Omar Ali Yahia, directeur général de Beeform E-Learning, accordait une interview exclusive à Michaël Tchokpodo pour CIO Mag Afrique. Un entretien visionnaire, qui résonne aujourd'hui avec une acuité particulière.
Un choc économique multidimensionnel
« Il y a des pertes économiques énormes, un crash boursier sans précédent. Toutes les entreprises sont à l'arrêt, la chute du coût du pétrole et les employés au chômage technique. C'est un coup très dur pour l'économie mondiale. Certaines industries comme les pharmaceutiques trouvent leurs comptes mais les autres vivent des difficultés financières étouffantes. »
Pour un pays comme l'Algérie, dont les recettes budgétaires reposent encore majoritairement sur les hydrocarbures, la double peine était particulièrement violente : le baril s'effondrait en même temps que l'activité économique se gelait.
La fracture e-learning : 70% de continuité contre zéro
« Dans les pays où le e-learning est bien intégré, les écoles proposent des alternatives intéressantes pour assurer la continuité de leurs programmes de formation. Une entreprise qui a 200 employés au chômage technique préfèrera profiter de la période d'arrêt de travail pour développer leurs compétences et progresser dans leurs plans de formation annuelle. »
Le chiffre avancé mérite d'être souligné : 70% de continuité d'activité pour les établissements technologiquement équipés. Contre zéro pour les autres. Cette différence représente la survie ou la disparition d'organismes de formation entiers.
L'écosystème numérique : une condition sine qua non
« Si nous n'avons pas de bande passante suffisante, des infrastructures réseaux pour la transporter, des data centers pour héberger notre contenu, le paiement en ligne pour valoriser ce dernier, nous ne pouvons pas faire émerger des champions capables de challenger technologiquement les plus grands de ce monde, et l'Afrique restera toujours en marge de cette économie mondiale très profitable. »
Il distingue deux niveaux de responsabilité :
- Les États : investir dans les infrastructures — télécommunications, datacenters, systèmes de paiement en ligne
- Les acteurs économiques : déployer les outils — ERP, plateformes collaboratives, solutions de télétravail, plateformes e-learning
La réponse Beeform : la plateforme hybride
« Nous avons mis en place une deuxième plateforme qui est hybride, qui fait de la vidéoformation et propose des classes virtuelles en direct. L'école n'a pas besoin d'avoir du contenu au préalable. »
400 millions de connectés : le marché continental
« 400 millions d'Africains connectés représentent un marché énorme. Nous devons envisager des partenariats sud-sud pour développer en Afrique des projets que nous pouvons déployer en Europe ou en Asie. Le digital, c'est l'avenir. »
29 pays francophones — c'est l'espace que vise Beeform. La Tunisie, le Maroc et la France constituent les premières têtes de pont, avec une vision bien plus large — celle d'une Afrique qui développe ses propres solutions technologiques et les exporte.
« Mettre en place de pareils systèmes, c'est donner la chance à toute personne de réussir, d'acquérir des compétences. Et généralement, ces compétences sont mises au service du pays. Cela permet également d'investir sur la première ressource d'Afrique qui est l'humain. »
Source originale
Interview publiée dans CIO Mag Afrique le 22 avril 2020, par Michaël Tchokpodo (Bénin). Retrouvez l'article complet sur cio-mag.com.

